La fabrique d’histoires

Participant à un atelier d’écriture depuis trois ans, je vous ferai partager des textes personnels aux diverses thématiques avec des essais de styles littéraires différents. Moments d’écriture où l’imagination se mêle aux souvenirs se rapprochant ou se détachant de la réalité !

Observer, écouter, échanger, lire, feuilleter, gribouiller, laisser venir… ce sont les ingrédients pour éveiller l’imaginaire et poser les mots. Puis assembler les phrases, les laisser courir sur le papier pour se figer enfin, le temps d’une nouvelle ou d’un récit… « histoire de voir » !

Voici l’histoire de Tom et Momo.

D’autres écritures suivront au fil des semaines aux thèmes différents, à découvrir dans la CURIOSITES :  AUTRES HISTOIRES

“TOM ET MOMO“ ©

Momo a perdu le sens des mots.

Les mots tournent dans sa tête sans dessus-dessous. Momo est perdu. Ça n’a pas de sens. Momo c’est mon voisin, il a 85 ans. Ma voisine dit, en levant les yeux, que depuis quelques jours ça ne tourne plus rond là haut. Après l’école j’ai l’habitude d’aller le voir. Il est assis droit comme un i.

On joue en silence au loto des animaux et aux dominos. Parfois il assemble le poussin avec la vache ou les trois points avec rien alors je me moque de lui et il rit en plissant fort les yeux comme mon copain Martin qui porte des lunettes. C’est bien pour lui et pour moi pense maman. Parce que sa mémoire aussi est endormie alors il faut la réveiller. Quand les mots jouent à cache-cache entre son cerveau et sa bouche Momo s’énerve. Des fois il me dit que je connais plus de choses que lui mais c’est faux. Je le sais. Avant quand ses souvenirs n’étaient pas paresseux il me racontait l’école de ses dix ans, le potager de son oncle et sa collection de timbres africains.

J’aimais bien l’écouter, maintenant c’est moi qui bavarde. Souvent il me pose la même question plusieurs fois comme mon instituteur mais lui ne me gronde pas, moi non plus je ne le gronde pas même si ça m’agace un peu. Maman m’a expliqué que le cerveau c’est comme une étagère avec plein de tiroirs. Dans chaque tiroir il y a des choses importantes : des mots, des souvenirs, des mathématiques, des dessins, des sentiments, des photos, des odeurs, des visages… et on les remplit dès qu’on est petit et en grandissant. Elle me dit que lorsqu’on est vieux, comme Momo, et qu’on ouvre un tiroir, ce qui est dedans ne veut pas toujours sortir ou il se peut aussi que le tiroir se coince. En ce moment Momo ne sait plus remplir les tiroirs ni les ouvrir. Je sais, moi, que ce n’est pas de sa faute. Quand un souvenir se réveille dans sa tête ça déclenche une minuterie comme dans le couloir de l’école. Ses yeux s’illuminent et il raconte comme avant sa collection de timbres.

Moi je souris, je suis content. Même si c’est long d’attendre la prochaine minuterie Momo et moi on se comprend.

Momo, c’est mon ami.

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